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Les champions de la fuite de données Ⅱ
Ils sont particulièrement nuls à chier...
[Comment c'est possible ?]
Les quelques fuites citées sur la page principale
de cet article n° 42 ne faisaient qu'entrevoir la taille de la scène
de ce tout nouveau cirque... On ne pourrait même plus qualifier ces cas
de partie émergée de l'iceberg, ce serait plutôt : un poil parmi tous ceux du Yéti !
Et s'il y a bien une rare chose que les PNJ ont compris, c'est que la meilleure
excuse pour se complaire dans la nullité crasse, c'est de dire que leurs
voisins sont aussi mauvais et puent tout autant la mayrde. Alors puisque
« ça arrive à tout le monde », il n'y a aucune
bonne raison d'essayer d'élever sa compétence à ne serait-ce qu'à quelques centièmes
au-delà du zéro absolu.
Quand on vous dit qu'ils suivent tous le même script...
Une véritable institution
Qu'est-ce qui vous retient encore en France ? La culture ? La gastronomie ?
Les boutiques de luxe ? Les petites vendeuses de ces mêmes boutiques ?
Non en vrai tout ça, c'est complètement passé de mode. Finito pipo. Plus du tout
« glucose » et totalement has-been. Depuis 2025
(et avec une très belle accélération en 2026) le patrimoine de la
République de l'Incompétence
Française s'est bien étoffé ! Oubliez donc Paul Bocuse
et LVMH, la pays est désormais devenu une pittoresque
« passoire numérique » - selon les propres termes
d'un hacker (!)
Capture d'écran du site bonjourlafuite.eu.org
Oui, c'est devenu tellement fréquent qu'un site est dédié au recensement des fuites
de données, et il y a de quoi lire ! On dirait une compétition sportive d'un goût aussi
douteux que les Enhanced Games, au vu de la manière dont ça se tire la bourre.
Comme si toutes les DSI du pays s'étaient données le mot en un élan patriotique,
avec l'objectif que la France soit enfin sacrée championne du monde d'autre chose
que des impôts.
Allez-y, préparez la fabrication des maillots... Et vous pouvez déjà y coller les deux
étoiles ★★ pour 2025 et 2026.
Accessoirement, c'est un plaisir de voir qu'il y a
encore du monde pour publier du fun quelque peu
politiquement incorrect sur Internet. D'autant plus que
les propriétaires de bonjourlafuite.eu.org ont visiblement
un humour parfaitement compliant avec le
TheRaphit's Web Site !
Ils ont cependant l'air de supporter l'existence de la CNIL et regretter qu'elle
ne fasse pas son travail (non en vrai, faudrait supprimer définitivement ce truc)
ainsi qu'une association militant pour l'application du fameux RGPD - faisant pourtant
partie de ces trop nombreux règlements à sigles qui
gangrènent l'Europe - mais on ne leur en tiendra
pas rigueur. 😎
Par ailleurs, bien qu'affichant une mention
« pour savoir pourquoi ça fuite toujours, c'est par ici »
vous n'y trouverez pas d'explications techniques. Mais fort heureusement, vous
êtes maintenant au bon endroit pour ça !
Comment c'est possible ?
On est sur un rythme de plusieurs leaks par semaine, alors
qu'on vit pourtant une époque où les systèmes d'exploitation nous forcent à installer un
patch de sécurité tous les trois jours, et qu'il est désormais plus difficile
de rentrer dans un datacenter que dans une usine de fabrication de billets de banque.
Alors mais que se pâââaaassssssssss-t-il ??
Il se trouve que ces grosses marades ont principalement deux origines :
la compromission de compte utilisateur et les vulnérabilités spécifiques
des sites Web modernes.
En les temps immémoriaux du 20ème siècle, les entreprises disposant
d'un site Web en assuraient le plus souvent le développement, mais aussi
l'administration et l'hébergement. Et tout spécialement les services gouvernementaux...
Mais désormais nous sommes entrés dans le monde de la sous-traitance, avec des
sous-traitants qui eux-mêmes sous-traitent. Et ce n'est plus dans le but de
gagner du temps ou faire des économies, mais bien de prétendre faire ce qu'on ne
sait pas faire.
Ainsi, il arrive fréquemment qu'un compte d'utilisateur perdu dans cette mélasse
peu ragoûtante de prestataires, et disposant de trop de privilèges
(vu que plus personne ne sait qui doit faire quoi ni pourquoi) se retrouve compromis.
Cela peut arriver de plein de manières différentes : mots de passe faciles
à deviner, vol d'ordinateur portable, ou même informations collectées suite
à une précédente fuite...
Mais le grand classique reste l'e-mail contenant
un lien frauduleux, méthode qui a l'avantage de passer au travers de tous les firewalls.
Et malgré 30 ans d'Internet grand public et de mises en garde, les gens
continuent de cliquer n'importe comment sur n'importe quoi.
C'est terrible ça aussi... Vraiment, pas de cerveau.
Le « collaborateur » négligeant reste d'ailleurs la cause la plus
fréquente des intrusions informatiques, et ça n'a pas attendu 2025. Mais le fait est
qu'en plus, on confie de nos jours les clés de toute la grappe de serveurs
au premier PNJ venu, le célébrissime « développeur junior »
qui en est à son quatrième stage mais qui ne comprend toujours rien à rien.
Ah oui, le monde de l'entreprise, ça ne ressemble pas à ce qu'on apprend
dans ces fameuses soi-disant « grandes écoles ».
Dites-vous bien qu'aujourd'hui en cycle « ingénieur », il y a
davantage de cours de « management » que de formation à
l'administration systèmes et réseaux. Mais c'est parfait pour bien préparer ces
bullshit-jobbers de demain à aller travailler dans des grosses structures,
pressées par les gouvernements de recruter pour obtenir des marchés, quand il ne
s'agit pas des états eux-mêmes.
Ah oui, on va vous répéter jusqu'à l'éclatement des tympans que
« il faut bien les faire travailler, ces petits jeunes ».
Euh bah sur des architectures contenant des données de santé comment dire...
C'est non ?
Cela reste toutefois sur ce type de fuite que les organismes ayant été attaquées sont
le plus susceptibles de communiquer. Très probablement car
cela permet de se défausser sur un des prestataires, qu'on choisira au hasard. C'est
le bien connu « c'est la faute à l'ordinateur » version
twenty twenties.
Pour les autres, ce n'est généralement pas le cas... Sûrement parce que les entités
visées n'entravent absolument rien à ce qu'il leur est arrivé - pas plus que
leurs sous-traitants.
On a régulièrement pesté sur La Revue qu'il est particulièrement
ennuyeux que désormais, tous les sites se ressemblent.
Mais cela n'est pas seulement un hasard, du copier-coller ou de la flemme.
Aujourd'hui, plus personne n'écrit de pages Web directement en HTML, à part
la grande équipe de votre webzine favori. Tout passe par des applications usine-à-gaz
appelées CMS (pour Content Management System) permettant le design d'un site
à partir de templates pré-définis, d'éléments graphiques à placer en
point & click, le tout en travaillant directement depuis
une fenêtre de navigateur.
Pour que ces binious tentaculaires puissent fonctionner, cela nécessite évidement
bien plus que du HTML, et énormément de code (troué) dans des langages divers et variés.
Mais vu que les CMS intègrent un système de publication (notez le petit bouton vert
en haut à droite sur la capture ci-dessus), ils ont aussi besoin d'un accès relativement
privilégié au serveur HTTP qui va héberger le futur site - et la plupart du temps
ils sont directement installés dessus.
Il faut donc, à un moment ou à un autre, entrer quelque part dans la configuration
du CMS les identifiants permettant l'accès à la machine ou au répertoire en question.
Et bien souvent, toutes les données de l'application sont ensuite copiées
au même emplacement que le site Web, dans des fichiers supposés être cachés.
Mais « petit » problème : vu que tout le monde utilise
maintenant des CMS et qu'il n'y en a pas non plus des zillions sur le marché,
ces fichiers finissent par être bien connus, et suivant la (mauvaise) configuration
de l'hébergeur ou les bugs des CMS, ils sont parfois accessibles publiquement !
Les serveurs Web sur Internet subissent donc quotidiennement des requêtes provenant
de robots visant à récupérér le contenu des dits fichiers, en essayant toutes
les combinaisons possibles.
195.178.110.103 nunakeau.noellys.net - [19/Apr/2026:00:18:28 +0200] "GET /config/secrets.yml HTTP/1.1" 404 2439 "https://185.49.123.106/config/secrets.yml" "Mozilla/5.0 (Windows NT 10.0; Win64; x64; rv:121.0) Gecko/20100101 Firefox/121.0"
195.178.110.103 nunakeau.noellys.net - [19/Apr/2026:00:18:28 +0200] "GET /config/database.yml HTTP/1.1" 404 2439 "https://185.49.123.106/config/database.yml" "Mozilla/5.0 (Windows NT 10.0; Win64; x64) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/120.0.0.0 Safari/537.36"
195.178.110.103 nunakeau.noellys.net - [19/Apr/2026:00:18:28 +0200] "GET /secrets.json HTTP/1.1" 404 2439 "https://185.49.123.106/secrets.json" "Mozilla/5.0 (Windows NT 10.0; Win64; x64) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/120.0.0.0 Safari/537.36"
195.178.110.103 nunakeau.noellys.net - [19/Apr/2026:00:18:28 +0200] "GET /credentials.json HTTP/1.1" 404 2439 "https://185.49.123.106/credentials.json" "Mozilla/5.0 (Macintosh; Intel Mac OS X 10_15_7) AppleWebKit/537.36 (KHTML, like Gecko) Chrome/120.0.0.0 Safari/537.36"
Ceux-ci devraient bien sûr avoir été supprimés ou rendus inaccessibles
une fois le site mis en production...
Cela vous paraît un peu trop gros ? Mais pourtant au 21ème siècle
il y a un principe bien connu disant que
« plus c'est gros, plus ça passe » !
Et c'est ici une parfaite illustration du modèle de sous-traitance
à outrance vu plus haut. La mise en ligne d'un site officiel (au hasard, d'une
agence ou collectivité d'état) suit un processus d'allers-retours à grands coups
de maquettes et de réunions korpo-kravatte.
Si l'un des intervenants n'est pas satisfait, alors le stagiaire-junior ne va
même pas se faire chier à tenter d'adapter, car cela ne fait pas partie de ses
répliques pré-enregistrées. Il va simplement essayer le CMS suivant dans son script,
qui va proposer d'autres templates.
Et si dans un improbable alignement des planètes, quelqu'un repasse derrière et pense
à bloquer l'accès aux fichiers de la nième application installée,
ceux des CMS numéros 1 à n − 1 ne manqueront pas d'être oubliés...
Tout en contenant toujours les identifiants d'accès au serveur de production.
Bawi bien sûr, pourquoi se faire chier avec un serveur de développement,
un laboratoire ou un VPN ? Le client a déjà payé le serveur,
autant l'utiliser !!
De véritables PNJ encore plus braindead que tout ce
qu'on avait déjà vu, et qui ont eux aussi bien gagné leur place sur cet article.
Vu la centralité des sites Web de nos jours - on s'abonne sur un site, on s'inscrit pour
des démarches administratives sur un site, on paie ses impôts sur un site
(beaucoup trop) - ceux-ci sont interfacés avec tout un tas de bases de données
contenant les fameuses données utilisateurs qui se retrouvent volées.
Et même si ces bases sont la plupart du temps logées sur d'autres serveurs censés être
« très sécurisés » et RGPD-compliant des burnes dorées de pépé,
le frontend HTTP a toujours la possibilité de les consulter, ne serait-ce qu'en lecture
seule. Et compromettre le serveur Web provoque alors une chaîne d'escalade de privilèges
aboutissant à la fuite.
Si vous souhaitez voir un cas concret de ce genre de chose, il y a notamment
eu le piratage de YggTorrent du mois de mars 2026.
Bien que la plateforme disposait d'un serveur Web de développement
(capture d'écran ci-dessus), celui-ci était accessible depuis tout Internet,
sans firewall, et mal sécurisé. Et un fichier contenant les identifiants du compte
Administrateur y avait justement été oublié après son installation ! Mais surtout,
alors que cette machine aurait dû rester isolée du reste de l'infrastructure,
elle avait en fait un accès complet à celle-ci en mode privilégié...
Ah là là, l'erreur fatale !
Faut-il avoir peur ?
Ce type de piratage est souvent commis par des hackers très jeunes, qui veulent
juste se faire mousser plutôt que de réellement mettre la main sur des données sensibles.
D'autant plus que cela se monnaie assez mal sur le fameux Darknet, et à plus forte
raison lorsqu'il y en a de plus en plus à vendre. Et en vrai, qui s'intéresse réellement
au nom de jeune fille de votre soeur ou de la couleur de votre chat
à part des data brokers qui tentent de refourger de la shitasse à d'autres
data brokers ?
Ces informations dérobées peuvent éventuellement servir à monter
des escroqueries assez grossières, visant à récupérer les données (bancaires notamment)
ne faisant le plus souvent pas partie des fuites, en envoyant des
courriers ou e-mails imitant la charte graphique de l'organisme piraté.
Et il y a toujours quelques gogos pour se faire prendre.
Mais franchement, pour entrer son IBAN sur des sites dont l'URL est
https://mise-a-jour-sante.fr/ ou https://mes-demarches-assurance.fr/reglement/ il faut quand même être un sacré PNJ du niveau de tous ceux qui
ont laissé fuiter...
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